BURUNDI: A LA DECOUVERTE DE MUDIBU L’ARTISTE.

MUDIBU MUZIKI

De son vrai nom Bimenyimana Jean Patrick, Mudibu est un artiste burundais pas comme les autres. Quand j’ai découvert par hasard sa musique sur sa page myspace (http://www.myspace.com/mudibuinfo) il y a quelques années, j’ignorais complètement qu’ il était fils du Burundi. De sa musique très imprégnée de son rock (musique très peu populaire au Burundi), chantée en anglais parfait que même Shakespeare n’y trouverait rien à redire, à son look que seuls les artistes mondialement affirmés osent arborer, presque rien n’aurait pu me faire croire qu’il est burundais, d’autant plus que je n’avais jamais entendu parler de lui au pays. Mais j’aurais dû m’en douter. Sa voix qui me conquit tout de suite, me confondait les idées rendant mes oreilles stéréophoniques.

En effet écoutant profondément sa musique j’avais l’impression d’écouter Ben Harper ou D’Angelo, coté gauche et la musique burundaise des années 80 (Kirundo Gérard, Nikiza David, Canco Amisi, Africa Nova,…) coté droit. Tellement sa musique me plaisait. Les textes engagés posés élégamment et artistiquement à travers une voix sublime sur un fond sonore envoutant ne laissent indifférent personne. Un année après il sortit « agahengwe » (qui signifie accalmie ou calme momentané ) son seul titre en kirundi qui conquit les mélomanes du Burundi.

Clip vidéo officiel de « agahengwe » par Mudibu :

http://www.youtube.com/watch?v=eO7LVPPT0Fc

Le grand Africa Nova, légende vivante de la musique burundaise jugeait très récemment cette chanson en ces thermes:

« Bonne mélodie, texte profond, voix et interprétation qui te vont droit au coeur, arrangement sans fioritures, clip pro, bref, une très bonne musique, quelque chose d’assez rare par les temps qui courent, mille fois merci”.

Africa Nova, légende vivante de la musique burundaise.

Dans un pays où les instruits veulent tous être hauts cadres, ministres ou présidents de la République, dans un continent où les présidents de la République veulent conserver leurs pouvoirs à vie, lui riche de son lourd bagage culturel, intellectuel et éducationnel (BA hons Political Science & Economics), il fait de la musique et veut s’y dédier pour toute la vie. Mais qui est cet artiste hors du commun? Je lui ai posé la question.

Adolphe B. : Qui est Mudibu? Pourquoi ce nom d’artiste et quelle est sa signification? Parles nous de ton parcours.

Mudibu : Je suis fils du Burundi et d’Afrique. Je suis né au Burundi que j’ai dû quitter à l’âge de 16 ans comme victime de guerre. Maintenant ça fait 16 ans que je vis en Angleterre. Je suis un musicien autodidacte , je joue de la guitare, je chante et j’écris mes chansons. Au début, je jouais de la guitare juste dans ma chambre comme hobby et maintenant je réalise que ça m’a sauvé la vie. Ça m’a aidé à survivre le fait de passer 14 ans loin de ma patrie, sans famille autour de moi, impuissant de pouvoir faire quelque chose pour mon peuple. Mudibu est un surnom que j’ai toujours eu depuis mon enfance. Il m’a été donné par Bitorirobe, un voisin quand je vivais à Ngagara, un quartier du nord de Bujumbura la capitale. Ce surnom fait quand même référence à Mudibu Keita le premier président du Mali (1960–1968). J’ai décidé de garder ce surnom comme nom d’artiste pour plusieurs raisons: d’abord pour rester connecté avec l’Afrique, pour mes souvenir d’enfance,… C’est un nom important pour l’histoire.

Adolphe B.: Que représente pour toi la musique ? Est-ce juste une passion ou c’est aussi un métier ?

Mudibu : Pour moi la musique a une fonction libératoire dans plusieurs sens. La musique me libère. Quand certaines émotions ou pensées qui occupent mon cœur, mon esprit se transforment petit à petit en chanson je me sens libéré. Pour moi la musique est une puissance dans ce sens. Ça semble être un cliché, mais je n’imagine pas ma vie sans musique, sans écouter la musique, sans danser, sans faire la musique.

Adolphe B.: Comment définirais tu ta musique? Quels sont les thèmes privilégiés dans ta musique?

Mudibu: Pour moi la musique c’est juste de la musique, peu importe le genre ou le style, une inspiration une création reste toujours telle dans n’importe quel style ou genre musicale. Durant toute ma vie, mes oreilles ont été exposés à plusieurs genres de musique. C’est pour cela que vous trouverez dans ma musique des traces de Soul, Reggae, Rock, Blues, Jazz, Afro Beat, Funk et beaucoup d’autres genres de musique.

Quant aux thèmes de mes chansons, j’écris souvent ce qui me touche profondément et émotionnellement ou des thèmes que je juge importants. Des fois aussi l’inspiration me vient tout naturellement. Mes textes sont aussi en rapport avec mon histoire personnel ou l’’histiore de mon pays le Burundi. Bref j’écris des textes qui expriment ce que je ressens fortement à un moment donné

Adolphe B.: Lorsqu’on écoute ta musique l’on sent qu’elle est le fruit d’une longue expérience live transposée sur un disque. L’on sent qu’elle n’est pas seulement le résultat de quelques séances de studio. Est-ce réellement ainsi ? Si oui quelles sont les expériences live qui t’ ont le plus marqué?

Mudibu : Je me rappelle vivement la première fois que j’ai chanté en public il ya une bonne dizaine d’ années. J’étais à l’université et mon voisin m’entendit jouer de la musique dans mon appartement et insista pour que j’aille chanter avec lui dans un local pour music live (Open Mic). A dire vrai j’étais terrifié. Même aujourd’hui ça m’arrive d’être nerveux avant d’entrer sur scène mais ce que je sentais à ce moment là est indescriptible. C’était le meilleur sentiment que j’ai jamais éprouvé rien qu’en chantant avec une guitare. Depuis lors commença la confusion totale et je me demandais si j’allais vraiment continuer vers cette voie pour une carrière musicale. Vu que j’étais à l’université entrain de faire « des études dites sérieuses » je me demandais ce qu’en dirait ma famille si j’abandonnais mes études.

Plus je chantais avec ma guitare en public, plus ma conviction grandissait et ça me rendait heureux et puissant. J’avais pris ma décision mais c’est surtout au moment où je fus invité à être chanteur principal d’un groupe de 8 éléments (batterie, guitare bass, keyboard, 3 Part Harmony Horns, chanteur et des fois les percussions). Le groupe jouait du Funk, du Reggae de l’Afro Beat Jazz. Le son du groupe était tellement lourd et acoustique, que j’hallucinais lors des concerts lives. J’aime toujours les paramètres acoustiques. J’apprécie leur intime qualité et leur charme.

Mudibu, entre les deux voies il a choisi la musique et il n’a pas eu tort!

Adolphe B.: Quels sont les artistes qui t’ ont inspiré ou qui t’ inspirent encore?

Mudibu : J’y vais tout droit, d’abord il ya Bob Marley et puis Otis Redding, Sam Cooke, Heatherway, Third World, Peter Tosh, Jimmy Hendrix, Stevie Wonder, Michael Jackson, Marvin Gaye, Ray Charles, Billy Weathers, Eagles…. et beaucoup d’autres. Et parmi les artistes contemporains il y a Ben Harper, Maxwell, D’angelo, Bilal, Queens of Stone Age, Living Colour, ect…

Adolphe B. : Combien d’albums à ton actif ?

Mudibu : C’est drôle! Je n’ai pas d’album complet. J’ai juste un maxi (un E.P ou moitié album) qui s’intitule “Slow me” disponible sur Amazon, itunes et beaucoup d’autres réseaux digital). J’ai pourtant du matériel en abondance, si je n’ai pas encore d’album complet c’est juste parce que je pense encore à un plan concret pour conquérir le monde, musicalement parlant. Je travaille mieux quand j’ai un plan clair me permettant de voir les difficultés que je dois affronter. Mon but c’est de vivre la musique, à travers la musique par la musique pour la musique. Je suis entrain de me préparer dès que mon plan sera raffiné  c’est sûr que je vais sortir plusieurs albums l’un après l’autre.


Adolphe B. : Quel est le message de « Agahengwe »? De quoi parles ce morceau?

Mudibu : La chanson « Agahengwe » veut souligner la fragilité de la vie en parlant d’une réelle expérience de vie, des sentiments d’un coeur lourd, tout en tirant l’attention sur le fait qu’il y a quelque chose de malsain dans la société burundaise. La chanson parle surtout de la perte d’un membre de famille, amis, voisins, visages familiers. Je suspecte qu’il s’agit d’un scenario très familier et commun à presque tous les burundais à cause d’une longue guerre qui a endeuillée et appauvri davantage la population, tout en aggravant la situation, sans oublier les maladies mortelles (ex: Sida) qui tuent les gens silencieusement. C’est comme s’il n’y avait pas de fin à la souffrance du peuple. Il semble que le peuple n’arrive pas à s’unir, à oublier leurs différences et leurs divergences d’opinion et à lutter contre les calamités qui touchent tout le monde. Trop c’est trop, le peuple en a assez et a besoin de se reposer, besoin d’accalmie (d’où agahengwe). La chanson entend redonner de l’espoir aux burundais.

Plus que l’accalmie (agahengwe) ici c’est le calme totale! Mudibu et sa guitare..

Adolphe B.: Vu le succès de ton seul morceau en Kirundi « Agahengwe » à quand un album entièrement en Kirundi ?

Mudibu: Tu sais quoi? Je n’avais pas l’idée aussi clair et précis comme tu me le proposes dans ta question. Tu viens de m’inspirer. C’est une idée fantastique! Actuellement j’ai quelques chansons en Kirundi qui vont probablement se développer dans cette direction comme projet. Je suis entrain de voir comment combiner mes chansons inédites en kirundi avec quelques classiques de grands artistes compositeurs burundais qui ont honoré le Burundi. Il ma été proposé par plusieurs personnes et je me suis dis pourquoi pas. Je continue encore à grandir et je pourrais dire que d’ici au milieu de l’année prochaine je vais commencer à mettre ensemble le matériel pour un album entièrement en Kirundi.

Adolphe B. : Que penses tu du show-biz burundais et de la musique burundaise en particulier? Pourquoi les artistes burundais n’arrivent ils pas à se tailler un poste dans le panorama musical mondial ? Qu’est ce qui manque ? Que faire pour résoudre le problème?

Mudibu : Fondamentalement il ya un manque de cohésion pour cet effort de construction d’un show biz fort ou de l’industrie musicale burundaise. Il ne faut pas être surpris, quand il y a un manque de cohésion dans les piliers fondamentaux de la société, ça se transmet à d’autres secteurs. Au sommet il nous faut des visionnaires des dirigeants qui comprennent réellement les immenses bénéfices et avantages à tirer de cette industrie musicale. Une industrie musicale forte porterait des bénéfices aux artiste eux-mêmes, il créerait l’emploi sans oublier la création d’un nouveau secteur viable, en outre il porterait les bénéfices du marché international au profit du marché locale. Depuis longtemps, il ya toujours eu au Burundi le besoin de diversification de produit de base. Le Burundi a d’immense talents d’énormes ressources qui ont toujours pris des risques et des initiatiatives dans cette direction pendant plusieurs années et qui ont donné une bonne représentation, une bonne image du pays à l’étranger, mais il ya encore un manque de compréhension et de soutien locale. La loi à elle seule ne suffirait pas à résoudre le problème, elle pourrait être soutenue par des recettes fiscales. Je pense que tout simplement nous avons besoin d’une équipe capable et bien organisée, une équipe qui sait rassembler le soutien, l’approbation, l’accord des institutions concernées et les intérêts du secteur privé afin de développer le show-biz burundais.

Adolphe B : Quels sont tes projets pour le futur?

Mudibu : Pour le moment je suis entrain d’écrire et d’enregistrer quelques chansons pour 2011 en collaboration avec deux grands artistes britanniques. Restez branchez  pour cet album! En plus j’ai déjà commencé à travailler l’ album en kirundi comme je l’ai déjà anticipé. Je suis débordé en ce moment (rire). .

Adolphe B.: Un dernier mot avant de nous saluer.

Mudibu : Je voulais juste remercier tous ceux qui m’ont aidé à réaliser la chanson et le clip video de “Agahengwe”, notamment Bashir Dia, l’ingénieur du son (Studio Tanganyika) pour sa production, Maisha Mustapha pour son travail sans arrêt, Deo pour sa guitare solo, « Member » le batteur infaillible, sans oublier Paci (du groupe Etoile du centre) le très talentueux et efficace jeune artiste que Buja ait jamais eu. Que Dieu vous bénisse tous.

Adolphe B. : Merci

Mudibu: Non, c’est à moi de te remercier. Grand merci Adolphe.

Propos recueillis par BIREHANISENGE Adolphe.

Mudibu. En attendant 2011...

En attendant 2011…

Mudibu en préparation d’un album entièrement en kirundi :

http://www.youtube.com/watch?v=qTCeSyYbbh4

« Laaady » par Mudibu (P-Funk Majani Productions TZ):

http://www.youtube.com/watch?v=sEeJhcenBjA

« Slow Me »  le titre phare du maxi (E.P) « Slow me » par Mudibu:

http://www.youtube.com/watch?v=JA3XCk1GiJw

Pour tout savoir sur la musique de Mudibu visitez:

Itune:
http://itunes.apple.com/us/album/slow-me/id327797169

Amazon:

http://www.amazon.co.uk/Slow-Me/dp/B002LSXSJ4/ref=sr_1_5?ie=UTF8&s=dmusic&qid=1271088160&sr=8-5

Ilike
http://www.ilike.com/artist/mudibu/album/Slow+Me

Fan Pages Facebook:

http://www.facebook.com/?sk=messages&ref=mb#!/pages/Mudibu/150477872325?ref=ts

http://www.facebook.com/?sk=messages&ref=mb#!/pages/Lostchild-Mudibu-Cachito-Luis-Julian/93834255058?ref=ts

Myspace:

http://www.myspace.com/mudibuinfo

http://www.myspace.com/lostchildband

Videos Youtube:

http://www.youtube.com/user/mudibujp?feature=mhw5

En outre, Mudibu participe à la seconde édition du concours” AFRO PEPITES ” organisé par l’association le rêve africain (http://www.myspace.com/lereveafricain) dans la catégorie  « musique d’Afrique centrale métissée ». Pour soutenir Mudibu envoyez 44 par e-mail Finale@lereveafricain.com.

7 Commentaires

  1. Quand j’ai rencontre Mudibu pour la premiere fois j’ai ete frappe par son humilite… il m’a fait ecoute son morceau « Slow me », la question que je lui est posee, « T’es sur que c’est ta chanson?? », j’ai ete surpris,je me disais que c’etait peut etre Percy Slage… et il m’a vraiment convaincu en studio quand il enregistrait « Agahengwe »… Je me suis dit on a encore des jeunes plein de talents…
    Keep reaching higher, bro

  2. Il m’a fait la même impression Sugar, comme je le dis dans mon article, au départ il m’était difficile de croire qu’il soit un artiste burundais. Moi je croyais que c’était D’Angelo,… De Mudibu on en entendra encore parler. C’est un artiste avec un grand A et surement il n’a pas dit son dernier mot. Uburundi buratunze.

    Adolphe B.

  3. Ravi de découvrir cet artiste plein de talents…
    Il nous faut des gens comme ça en Afrique…
    Bonne continuation et bon article Adolphe.
    A bientôt

  4. écoute Adolphe,moi la 1ere fois que j’ai découvert c’etais sur tele renaissance franchement comme toi je me demande m c mec c du Burundi vraiment……..
    tu sais pourquoi cette étonnement parceque tout ce gars la c’est un grand professionnelle.et il a déjà l’avenir dans ces bras

  5. Il est tout simplement magnifique.Keep it up Mudibu

    • Jean Patrick Bimenyimana alias Mudibu est probablement le meilleur artiste et Chanteur Burundais de tous les temps !! S’il n’a seulement produit jusqu’ici que quelques titres la profondeur de ses chansons, la qualite de ses productions, la chaleur et les vibrations de sa voix sont autant d’atouts qui le hissent au sommet des artistes africains et du monde. Mudibu you are a genuine, talented and gifted artist ! You make me proud to be Burundian !

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