INTERVIEW Yao Metsoko, un artiste libre et passionné

1 ) Pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs ?

Yao METSOKO, je suis peintre-sculpteur d’origine togolaise né en 1965. J’arrive en France en 1985 après un bref séjour à Londres et depuis lors je m’attelle à me réaliser aussi bien dans ma vie personnelle que professionnelle

2 ) Pourquoi être devenu peintre et sculpteur ?

Je me suis toujours senti dès mon enfance une âme d’artiste. Avec la complicité de ma mère je réalisais déjà très tôt des dessins d’images d’iconographie religieuse ; des exercices qui forgeront sans doute l’homme que je suis devenu. C’est dans le monde des arts et en l’occurrence celui des Arts plastiques que je me réalise le mieux. Je suis donc devenu peintre –sculpteur par nature.

3 ) Quels sont les thèmes principaux que vous avez étudiés au cours de votre carrière ?

la notion « d’observation » est d’abord pour moi la chose la plus fondamentale ensuite la « digestion » puis la « projection » ; ainsi j’appréhende mes différents sujets via ces principes majeurs. Aussi ai-je une approche protéiforme des sujets que j’aborde bien sûr en fonction de mes états et situations. Mes thèmes de prédilection tournent autour de la femme, la naissance, la terre, la terre-mère, la danse, les mythes ancestraux etc…Toutefois la diversité étant une chance pour l’humanité, je reste au mieux un homme de mon temps ouvert à tous les sujets y compris le foot!

4 ) Des peintures m’ont interpellé, elles représentent des oiseaux. Pourquoi ? Voulez vous également représenter un rêve humain de tout temps celui de voler ?

L’oiseau fait le lien entre le ciel et la terre et constitue dans l’esprit humain un symbole de liberté. Au dessus des eaux et de la terre, l’oiseau va et vient, passe les frontières, nous visite et repart ailleurs. « Si la tortue peut passer d’une rive à l’autre, qu’en sera t-il de l’oiseau ! » dit le proverbe Akposso (Togo).

C’est l’oiseau qui incarne le mieux l’âme de l’artiste, claudiquant au sol et beau dans le ciel comme « l’albatros »de Beaudelaire ; oui il y a un oiseau en tout un chacun de nous !

L’oiseau dans mes œuvres pourrait être le « messager des dieux » qui vient nous parler. Les différentes déclinaisons de ces oiseaux tracent des lignes et des courbes offrant des variétés de couleurs joyeuses ou intrigantes qui sondent notre esprit.

Ma série « l’oiseau danse… » est donc une réflexion d’ordre philosophique et spirituelle sur le beau et la liberté, la puissance et le rêve.

5 ) Auriez vous une œuvre en particulier que vous aimeriez nous présenter ? Et pourquoi ?

« Mère et enfant » décline les aspects de la relation de la mère à l’enfant, mais également de la graine à la terre, la terre-mère.

Cette œuvre montre un enfant sous des seins maternels, englobé, protégé au point d’être écrasé par leurs poids. Ainsi, bien que la protection et la sécurité affective soient les conditions d’un épanouissement de l’être, l’excès de sécurité et de protection peut être préjudiciable et étouffant pour l’individu.

De ce fait, pour se relever et être debout, il faut se faire violence en se dégageant du poids écrasant du

confort et de trop de sécurité ; oser, se déployer en se dépassant. C’est également le cas de la graine qui, pour germer doit sortir, jaillir de la terre.

L’esthétique et la philosophie des œuvres réalisées par son abstraction transcendent les cultures, par son unité. C’est la question de la relation de l’Homme à la terre-mère et de son développement qui est posée et ceci donne à cette création une dimension universelle.

 

 

6 ) Quelles sont les expositions les plus pertinentes auxquelles vous avez participé ?

 

- « 6ème Festival Afriques » de Wambrechies – Invité d’honneur

- « France ô ma France » sous le Pont Alexandre III, Paris 8ème

- 22ème Festival de géographie à St-Dié – Invité d’Honneur : le Togo

-1ères Assises de la Coopération décentralisée  du Conseil Général des Yvelines (78) – Invité d’Honneur : le Togo

- Galerie  Philippe LAWSON, Paris 5ème

- 4ème Biennale de Sculpture de Montmagny, Montmagny (95)

- « 13ème Rencontre d’Art Contemporain africain » au Château de Villiers à Draveil (91)

- Galerie 14 , Toucy ( Bourgogne )

- Sous le Pont AlexandreIII – Paris. Commissaires d’exposition : Marie-Laure CROIZIERS et Patrick BRUNIE. « Fenêtre sur l’Afrique… », Paris 8ème

- Conseil Général du Puy-de-Dôme, « Art d’Afrique: là-bas, ici… », Clermont-Ferrand

- Invité d’Honneur au 51ème Salon de l’UAP( l’union des artistes plasticiens de St-Denis )

- 1ère Biennale Internationale de Sculpture Contemporaine en  Bourgogne à Nolay-

1er Prix de modelage

- 25ème anniversaire de l’ACCT, «Voyage en Francophonie », Espace Branly, Paris 7ème

 

 

7 ) Avez-vous des références culturelles qui vous ont marqués et influencé dans votre travail?

 

Trois artistes majeurs ont bouleversé ma vie d’artiste. Il s’agit de Marc Chagall, de Clem Lawson et de Ousman Sow.

En 1984 je visite une grande rétrospective de l’œuvre de Chagall à Londres et là c’est le choc et la révélation ; je suis saisi par le force évocatrice et poétique des tableaux qui imposent par leur gigantisme et sont façonnés par un langage chromatique spirituel et joyeux. Ma rencontre avec l’artiste togolais Clem en 1985 m’ouvrira des horizons personnels à travers la maîtrise de la technique et l’utilisation de l’abstraction comme processus de création à portée universelle. Quant à Ousman Sow , son exposition en 1999 sur le Pont des Arts fut pour moi un catalyseur en sculpture pour la création des œuvres monumentales.

 

 

8 ) Comment voyez vous l’art mondial actuel ? L’art africain actuel ?

 

L’art mondial actuel est soumis à un marché dont les lois échappent souvent aux artistes eux même. Plutôt que du « sens » c’est « l’impact visuel et psychologique » qui porte aujourd’hui, poussant inexorablement les artistes à la « fantaisie ».

D’un coté l’art s’est démocratisé avec la possibilité donnée à tous et toutes de créer, d’exposer et de mettre ses créations en vente mais de l’autre coté, les choses fonctionnent à un certain niveau en « cercle fermé » ; cette situation fâcheuse ne permet pas la reconnaissance méritée de quelques uns malgré leurs talents et productions.

L’Art africain quant à lui n’est toujours pas considéré comme un art à part entière mais un art entièrement à part qui peine à trouver sa place dans ce vaste marché de l’art; ceci pousse certains artistes africains à produire des œuvres qui relèvent plus « des arts de l’Afrique contemporaine » que de « l’art africain ».Cette situation paradoxale ouvre de nouveaux champs aux artistes africains avec la possibilité de vivre tout simplement leur art quel qu’en soit la substance.

 

9 ) Où pouvons nous voir vos œuvres (lieu, internet, …) ?

 

facebook, Yao METSOKO sur les moteurs de recherhe

Contact : yaometsoko@yahoo.fr

Atelier sur rendez-vous :

Centre des bateaux lavoirs

1 quai du square 93200 Saint-Denis

 

 

10 ) Que pourriez vous dire à nos lecteurs afin de conclure cette interview ?

 

A un moment où les politiques peinent à nous proposer une vision claire et des perspectives joyeuses d’un monde en crise, l’art peut encore jouer un rôle dans l’imaginaire, la créativité mais également il peut contribuer à donner du sens aux choses. Ainsi les artistes ont besoin plus que jamais de votre soutien et de celui des institutions pour continuer à questionner le monde et à donner du rêve.

Aussi ai-je décidé de prendre toute ma part de responsabilité en oeuvrant pour créer au Togo un espace d’art contemporain (projet en cours de réalisation).

Votre soutien en terme d’expertise ou de moyens financiers me sera d’un grand bien pour l’aboutissement heureux de ce projet dans un contexte où les artistes sont exsangues malgré l’énorme potentiel dont ils regorgent.

 

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